Entretien avec ANDI DERIS & Bad Bankers

Dans le cadre de la promotion de « Million Dollar Haircuts », nous avons eu la chance de rencontrer Andi Deris à Paris le 29 Octobre dernier. L’entretien fleuve qui s’en est suivi fut aussi riche, intéressante et dense que l’album.

Car oui cet homme là a des choses à dire… et il est fascinant…

Extraits.

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« Certaines chansons sont venues d’un seul coup assez facilement et il y a eu des chansons qui étaient de vraies putes qu’il fallait reprendre encore et encore. »

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Gus : Bonjour Andi, C’est ton premier album solo depuis 1999. Pourquoi l’avoir fait maintenant ?

Andi Deris : J’ai commencé en 1990 avec le groupe PINK CREAM 69 que j’ai quitté en 1994 pour rejoindre un groupe qui s’appelle HELLOWEEN. Je suis toujours avec eux et aujourd’hui je suis ici pour parler de mon 3ième album solo : « Million Dollars Haircut On Ten Cent Heads ». En fait j’ai en permanence envie de faire un album solo. Mais après le précédent, on a sorti l’album « The Dark Ride » avec HELLOWEEN. Et soudain j’ai dû écrire onze chansons pour « The Dark Ride » et je suis devenu le compositeur principal pour tous les albums suivants alors j’ai dû amener sept ou huit chansons à chaque fois ce qui, automatiquement, ne me laissait pas assez de morceaux ou d’idées pour mettre sur un album solo. Alors ça m’a pris dix ou douze ans pour enfin avoir assez de morceaux assez bons pour figurer sur un album solo mais qui sont trop éloignés du style d’HELLOWEEN pour être sur un album d’HELLOWEEN.

Gus : Et malgré la différence d’âge entre les chansons, l’album est très cohérent, tout tient parfaitement ensemble. Comment avez-vous fait ça ? Est-ce que vous avez dû travailler les arrangements pour certaines idées ou est-ce que tout est venu naturellement ?

Andi Deris : Un peu des deux. Certaines chansons sont venues d’un seul coup assez facilement et il y a eu des chansons qui étaient de vraies putes qu’il fallait reprendre encore et encore. Mais avec l’aide des gars… Parce qu’ils les écoutent pour la première fois, ils sont plus objectifs que moi qui suit habitué à ces chansons depuis dix, huit ou deux ans ce qui m’empêche de les écouter d’une oreille nouvelle pour y mettre des arrangements géniaux. Mais eux ils le font, parce qu’ils les écoutent pour la première fois, heureusement ils ont aimé ce qu’ils ont entendu du coup c’était fantastique de les réarranger avec ces idées fraiches des garçons et soudain, tout se met en place. Parfois pas facilement, mais comme je l’ai dit certaines saletés sont finalement devenues superbes.

« Avant, on avait encore l’espoir car « dans une démocratie on peut changer les choses » mais maintenant on est dans une parodie de démocratie, qui n’est plus une démocratie, c’est un fait : nous vivons dans un monde surproduit. »

Gus : Le concept de l’album sommairement, c’est un gros « fuck » à tous les banquiers et les gestionnaires du monde. Aujourd’hui, ça peut sembler un moyen un peu facile de créer de la controverse même si tu le fais de façon unique et innovante. Ne crains-tu pas que certaines personnes réagissent négativement à ta démarche et à tout le thème de « Million Dollar Haircuts »?

Andi Deris : Non pas vraiment parce que je sais que tous les rockeurs et les metalleux disent « fuck le système ». Le système est pourri et on le sait tous. Je veux dire ce n’est pas un secret et définitivement les rockeurs disent « fuck the system ». Même les femmes au foyer commencent à le dire, quelque chose va vraiment de travers, on le sait tous, alors quelqu’un doit le dire tout haut. Je ne suis pas le premier et je ne serais définitivement pas le dernier. Mais je suis un musicien, alors je peux canaliser ça, je peux le sortir, je peux le vomir, d’autres restent chez eux, en colère et se foutent presque en l’air parce qu’ils sont furieux et désarmés, et c’est l’un des mots clés aujourd’hui, on est tous désarmés. Avant, on avait encore l’espoir car « dans une démocratie on peut changer les choses » mais maintenant on est dans une parodie de démocratie, qui n’est plus une démocratie, c’est un fait : nous vivons dans un monde surproduit. C’est comme de la bonne musique qui est surproduite, un jour tu réalises que ce n’est plus bon, avant c’était bien, quand c’était plus simple et plus honnête. Et je crois que le système c’est pareil, dans les années soixante-dix ou quatre-vingts, on avait un système qui était un compromis plus ou moins bon, ce n’était pas parfait mais c’était un compromis mais maintenant c’est tellement surproduit, trop congloméré et corrompu que tu ne sais pas qui est le trou du cul. Tu ne peux pas dire : « c’est toi le trou du cul, c’est toi qui a fait la faute », alors quand tu cherches un responsable au 21ème siècle, il n’y en a plus, tu ne trouveras personne qui prendra des responsabilités, tout est question d’argent, c’est tout ce qui compte. Les responsabilités ? On s’en tape. L’éthique, la morale ? On s’en tape. Est-ce que je fais du fric ? Oui. Okay, parfait, la vie est belle n’est-ce pas ? Peut-être que pour les gens là-haut ça l’est mais pour nous en bas, on nous avait promis qu’on vivait en démocratie, et ils ont rompu leur promesse. On nous avait promis qu’avec un bon travail on pourrait nourrir nos enfants et vivre décemment. Ce n’est plus possible, il te faut deux ou trois boulots. Et ce n’est pas comme ça que je vois ces promesses qu’on nous a apprises à l’école. Quelque chose est partit en vrille ici. Et c’est vraiment quelque chose que je voulais mettre sur l’album que j’ai fait. Et nous y voilà, « Million Dollar Haircuts On Ten Cent Heads » veut dire : « Regardez tous ces putains de milliardaires là-haut, ils sont tellement stupide qu’ils ne voient pas que quand ils auront tout foutu en l’air, ils auront leurs milliards de dollars sur un tas d’ordure ». Tu vois ?

Gus : Tu dis ça de façon unique parce que malgré la colère qu’on ressent et malgré les paroles plutôt sérieuses et sombres, ce n’est pas un album qui me rend triste ou déprimé. On se sent plutôt optimiste et positif. Est-ce que c’est ce que tu voulais transmettre à travers tes morceaux ?

Andi Deris : A la fin de la journée nous sommes tous les deux assis là, toujours à sourire même si on parle d’enfoirés. Ce que je veux dire, c’est qu’à la fin, ça n’aide pas qu’on arrête de vivre. On passe un bon moment, assis là, je t’aime bien, j’espère que tu m’aimes bien, et c’est un bon moment. Même si on sait qu’il y a des enfoirés là-haut que je préfèrerais voir morts. Mais même, je profite de mes moments, je profite de la vie. S’ils nous enlèvent ça, on aura définitivement un problème. Mais quand même, j’essaie d’amener un peu de choses stupides et drôles comme « Listen To The Radio » qui parle un peu de 1938 quand Orson Welles a lu « La Guerre Des Mondes » à la radio et que les américains ont fui les villes parce qu’ils pensaient que les aliens les attaquaient. […] Tu sais je pense que ça fait rire tout le monde. Mais d’un autre coté tu te poses forcément la question « Est-ce que ça pourrait arriver aujourd’hui ? » et tu réalises que ouais, ça peut arriver. Ce n’est plus la radio, c’est la télévision. Peut-être que les gens ne fuiraient plus les villes parce que les aliens attaquent mais regardent ces crétins qui vendent leurs parts parce que la bourse a perdu 0,5%… Et ils paniquent tous totalement, et on est à bord d’une crise mondiale simplement parce que la bourse a perdu 0,5%. Tu vois ce que je veux dire ? C’est stupide. On est tout aussi stupide qu’avant et on sera toujours aussi stupide qu’il y a cinq mille ans, à l’époque de Nabathea.

Gus : Tu es allemand, tu as des origines françaises, tu vis à Tenerife et tu voyages à travers le monde avec HELLOWEEN. Est-ce que cette expérience internationale t’as permis de mieux voir à quel point le système est pourri ?

Andi Deris : Peut-être… Mais je suis surtout en colère parce que le système que nous avons en Europe de l’Ouest est un excellent système et que d’un coup tu réalises qu’il n’est plus aussi bon. Quand j’ai commencé à parcourir le monde il y a vingt-quatre ou vingt-cinq ans, j’étais fier d’être Européen parce que je voyais tout ce que nous avions en Europe, toute cette liberté : tout le monde travaillait et pouvait vivre de son travail. Et là je réalise que tout ça est entrain de foutre le camp de plus en plus… Et tu compares ça avec d’autres pays et tu te dis que si l’Europe se casse la gueule, c’est que d’autres pays doivent progresser… Mais ce n’est pas vrai : L’Europe s’effondre, le Japon s’effondre, les Etats-Unis s’effondrent, l’Inde n’a pas bougé depuis des décennies, la Chine s’est un peu élevée mais ça commence à s’effondrer parce que les gens ne veulent plus travailler pour cinquante centimes de l’heure. Parce qu’il y a un peu de réussite et que du coup les gens veulent aussi conduire une belle voiture et ils veulent aussi vivre dans un bel appartement, donc ils veulent gagner un peu plus d’argent et les produits Chinois sont plus chers qu’il y a dix ans. Ce que je veux dire, c’est qu’en fin de compte, je vois que tout s’effondre partout. Et c’est vraiment très étrange, parce que je pensais vraiment que quand le niveau de quelque chose ou de quelque part s’abaisse, c’est que le niveau d’autre chose monte. Mais ce n’est plus le cas… Ça veut dire, et en définitive c’est ma conclusion, que les banques, ces connards, ont volé leurs milliards partout. Et ce sont ces milliards, dont on manque partout, qui me mettent en rogne. Si les USAs était tellement riche que l’Europe s’effondrait, alors j’aurais au moins une chance de déménager là-bas, tu vois ? Mais aujourd’hui peu importe où tu vis, tout s’effondre et seuls ces connards s’enrichissent et ça doit s’arrêter, ça ne peut pas marcher. Même quand tu vas à l’hôpital… On est dans un monde tellement pervers que quand tu vas à l’hôpital parce que tu as mal et que le docteur te dit qu’il faut te faire opérer, tu te demandes « est-ce que j’ai vraiment besoin d’une opération ou est-ce qu’il veut se faire du blé sur mon dos » ? Notre société est tordue à ce point et je ne veux pas vivre comme ça. Comme j’ai dit, c’est tout le système qui est pourri et je suis juste content qu’on ait de bon moments qu’on peut « vivre maintenant » (NdG : jeu de mot sur « Live Now », chanson d’HELLOWEEN). En fait je pense que la vie est très bien et qu’on peut en profiter mais que dès qu’il est question de notre société je me dis « Ok, c’était bien mieux avant, bien plus juste ». Et je vis dans un pays où le chômage des jeunes entre vingt et trente ans est de 60%… J’ai jamais vu ça, et ça n’est jamais arrivé en Europe alors quelque chose ne va pas. Est-ce que j’ai une solution ? Non. (rires)

Totalité de l’interview dans le podcast.

16 novembre 2013 Interviews ,

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