SUNGRAZER, Mirador

Il existe une question que tout bon chroniqueur s’est déjà posée : « Mais merde, comment dois-attaquer cet album ? ». Parce que oui, aucun album ne peut s’introduire de la même façon, et deux chroniqueurs n’auront pas la même façon d’aborder un même album. Prenons par exemple un groupe établi, ceux-là c’est souvent assez facile, on a tous une petite anecdote au sujet du groupe ou on va simplement inscrire l’album dans la discographie du groupe. Mais quand on à un groupe qui sort son premier album, là c’est différent. On n’a pas grand-chose à quoi se raccrocher. Donc je pourrais vous parler du label ELEKTROHASCH, petit label hollandais indépendant de stoner (mais vu le nom, ça peut se comprendre) qui propose de très nombreux groupes de qualité. Je pourrais vous dire qu’après un premier EP de 5 titres particulièrement accrocheur, SUNGRAZER a mis moins d’un an pour sortir son premier album.

Mais non, je n’en ferais rien. En fait le meilleur moyen d’attaquer un album comme celui-ci, c’est de simplement fermer les yeux et de se poser tranquillement. Car le trio hollandais propose un stoner psychédélique à souhait, enivrant et envoutant, avec un son et un style dont la maturité est souvent déroutante pour un premier album.

 

sungraserban

Sorti en 2011 sur Elektrohasch Records

Tracklist :

1.Wild Goose
2.Octo
3.Sea
4.Goldstrike
5.Behind
6.Mirador
7.34 & More

Line-up :

Rutger Smeets (guitar, vocals),
Sander Haagmans (bass, vocals),
Hans Mulders (drums)

Liens Utiles :

Planez en toute légalité !

Commençons par l’instrument le plus marquant de cet album : la basse. Elle est, sur cet album, omniprésente, et pose une chape sonore sur laquelle viennent se greffer le reste du groupe. Prenez par exemple l’intro de « Sea ». ce petit riff, basique et simple va vous rester dans la tête pendant des jours sans que vous puissiez y faire quoique ce soit. Chaque ligne de basse est réellement superbe, soutenant à merveille l’ensemble, sans pour autant se montrer envahissante.

L’autre composante de la partie rythmique est tout aussi bluffante tant la batterie se montre subtile. C’est simple, sans cymbales, on a l’impression qu’il ne sait plus jouer. « Mirador » en est la aussi un exemple parfait. A la précision mécanique, s’allie une douceur de la frappe qui est rare dans les groupes comparables à SUNGRAZER. Et cette douceur, qui fait de la batterie un des artisans de la montée en puissance des morceaux. Pour faire simple, quand il commence à cogner (de façon relative hein, c’est pas un Bostaph ou un Lombardo non plus) c’est que le morceau s’emballe.

Les parties de guitare, planantes à souhait grâce à l’utilisation quasi-continue du delay et de la reverb viennent alléger l’ensemble, en le rendant aérien, planant, du début à la fin. C’est la aussi étrange, on a l’impression d’écouter un jam tant les guitares semblent hésitantes devant la basse. Les riffs sont simple, minimalistes parfois, mais ne sont jamais totalement basique. Ne vous attendez pas à du mathcore hyper-technique, non. Ici on est au royaume du riff qui tue, de l’enchainement qui marque, par sa fluidité et sa quasi-nonchalance.

Parlons en un peu aussi des morceaux. Curieusement pour un groupe évoluant dans ce style, SUNGRAZER excelle dans les chansons « longues » (« Sea » et ses 8 minutes ou l’excellent « Behind » et pratiquement 14 minutes quand même) qui lui laisse le temps de poser ses ambiances planantes et aériennes. Le psychédélisme du groupe n’est pas tant dans la surenchère d’effet tous plus tordus que les autres mais vraiment dans cette volonté de se reposer sur les ambiances, sur le calme et le silence. Et il est indéniable que ça marche. Les hollandais proposent une musique envoutante, reposante. Dont les effets apaisants sont loin d’être négligeables. Ce d’autant que l’alliance des deux voix, qui sont constamment ensemble, renforce cette impression. Les montées en puissance sont maitrisées et jamais assourdissantes, mais elles sont un prolongement logique des morceaux (« Wild Goose » sérieusement, c’est puissant mais ça reste étrangement délicat non ?).

Le trio maitrise son propos de A à Z, ne se laisse jamais emporter sans la surenchère d’effet, la surpuissance, ou la lenteur extrême. Tout y est un savant mélange, insistant sur chacun des points quand c’est nécessaire. Chaque chanson est unique, mais complète les autres. « Wild Goose » et son rythme entêtant, « Sea » et ses ambiances lourdes mais jamais trop oppressante, « Behind » tout en légèreté et en subtilité, « Mirador » et son utilisation continue du delay qui reste jouissive tout au long du morceau, et enfin « 34 & More » qui vient conclure l’album sur une touche d’absolue légèreté.

Malheureusement, il y a une ombre au tableau. Car au milieu de cet océan de subtilité, de cet univers subtil et efficace que distille le groupe, les deux morceaux que sont « Octo » et « Goldstrike » donnent dans un stoner beaucoup plus classique, qui sans être mauvais n’ont pas réellement la saveur des autres morceaux et cassent un peu le rythme du début d’album. Heureusement, ils arrivent tous les deux assez vite, et sont éclipsés par le reste assez facilement.

En définitive, SUNGRAZER propose un univers psychédélique des plus rafraîchissants et sait ce qu’il fait. L’album est très bon, chaque écoute révèle des surprises, l’ensemble des titres s’enchaînent plutôt bien malgré quelques cassures de rythme. Le voyage proposé est ainsi magnifiquement maitrisé. Un disque dont on ressort étrangement calme et détendu. Un tout petit effort et ce groupe pourrait devenir l’un des meilleurs représentants d’un stoner en mutation continue, de par son originalité et sa maturité impressionnante. Pas parfait, mais très très agréable.

GUS.

17 juillet 2012 Articles BLOG Webzine , , , , , , , , ,

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